Le parcours: La Dalton Highway (Alaska)

       Quand on part faire du vélo en Amérique du Nord avec la volonté de traverser le continent, il faut accepter l’idée que très peu de routes existent et que quoi qu’il advienne de notre désir de sillonner sa géographie de toutes les instances par des pistes reculées, il faudra bien côtoyer les dites “Highways” et leur trafic potentiellement très intense ! Highway pour la traduction directe en français, c’est “autoroute”. Le système de route le plus développé après les « gravel roads » et les « forest service roads » de l’arrière-pays connectant d’inatteignables villages reculés. Ces autoroutes nord-américaines ressemblent, pour la plupart du temps, à nos bonnes vieilles routes nationales. Ayant des noms plus ou moins anecdotiques, elles portent aussi toutes en elles l’histoire d’un développement économique éclair du continent nord-américain. L’une des plus récentes d’entre elles, la première que nous avons emprunté dans notre aventure, est la Dalton Highway.

 

Prudhoe-Bay, Deadhorse (AK) - Fairbanks (AK) : 820kms 

+8075metres  -8197metres

 

            Il est 10 heures ce matin-là, quand nous sortons du Prudoe Bay hôtel dans la ville pétrolière de Prudhoe Bay - Deadhorse, dans le Grand Nord Alaskien. Ici, rien d’autre que des puits de forage, des machines et un pipeline qui saille l’horizon plein sud. Un endroit sous haute surveillance pour protéger l’or noir, la première ressource pétrolière des USA sur le continent américain où l’accès à l’océan arctique nous est même strictement interdit. Voilà une bonne raison de ne pas faire ce bain symbolique dans les eaux gelées de cet océan.

Nous sommes fin prêts à attaquer les 820 kilomètres qui nous séparent de Fairbanks, la deuxième ville d’Alaska sur le plateau intérieur. La Dalton Highway a une sacrée réputation et avec une excitation cachant un zeste d’anxiété, nous nous élançons. Depuis la France et toutes les informations que l’on avait pu pêcher sur internet et auprès d’amis cyclotouristes, on en a entendu des vertes et des pas mûres à son propos. Sophie en fera même l’expérience après une semaine de vélo…

 

 

Tout le monde s’accorde à dire que cette route est réservée pour les experts, certains Alaskiens disent même que les cyclistes n’ont rien à faire sur cette route récemment ouverte au public (1981). Pour l’avoir faite, je pense que Sophie et moi sommes unanimes à son sujet : c’est difficile, mais avec de la préparation et un moral d’acier, c’est faisable ! Il est bon de rappeler que cette highway (60% graviers - 20% bitume - 20% bitume rempli de nids de poules) a été construite dans les années 1970 pour rallier Prudhoe-Bay - Deadhorse à Valdez afin d’assurer la construction et la maintenance du fameux pipeline long de 800 miles, traversant l’Alaska du nord au sud. Il n’y a donc presque aucun ravitaillement possible sur le parcours.

 

 

 

La Dalton, c'est avant tout une affaire de terre, de boue et de graviers!

 

            Les trente premiers kilomètres sont un pur cauchemar. La route de gravier et remplie de caillasses de la taille de citrons. Les premiers tours de roue sont difficiles malgré la route qui est aussi plate qu’un pancake ! On roule à 7km/h de moyenne ce matin-là, je vous laisse faire le calcul pour couvrir ces premiers kilomètres, c’est long. Cette route est en constante rénovation et après ces trente kilomètres, déjà nous croisons les premiers travaux d’été. La route devient alors plus raisonnable. Le gravier et la terre au sol sont solidifiés par une solution de calcium pour éviter que la route parte en poussière après le passage des nombreux camions. La surface, quand elle n’est pas parsemée de nids de poules, est roulante autant qu’un bon bitume et nos moyennes ont tendance à embrasser les 17-18km/h ce qui n’est pas négligeable lorsque le chrono “combien de nourriture nous reste-il dans nos sacoche” est lancé.

Les 250kms qui nous séparent de la chaine de montagne des Brooks et du col Atigun a 1555 mètres d’altitude sont relativement plat, bien que l’on puisse apprécier de longs faux-plats montants dès le second jour de l’aventure. La Tundra est une expérience incroyable ou l’on croise très souvent des caribous, des bœufs musqués et des grizzlis. L’aventure commence, nous sommes là où nous avons choisi d’être il y a si longtemps déjà : en pleine nature.

 

            Quand la pluie s’en mêle, la route de gravier devient de boue… Une boue si fine qu’elle se tasse très rapidement dans les engrenages du vélo. Les pignons sont saturés de la mixture de calcium et terre. Les chaines prennent alors pour leurs grades rendant très vite impossible un autre tour de roue au risque de faire de la casse. Les pistons des freins sont eux aussi saturés et nous perdons partiellement la puissance de freinage de nos disques en descente – Ce sont des freins à disque mécaniques. Le jour du passage sur le col Atigun, nous devons nettoyer quatre fois de suite les vélos dans des cours d’eau. C’est notre seule solution pour pouvoir avancer car quoi qu’il arrive, il faut continuer ! Aller de l’avant devient rapidement une question de survie.

 

            Nous voilà maintenant confronté aux montagnes-russes du sud de la chaine Brooks.  Quand parfois un bitume tout neuf arrive, nous célébrons comme des fous et remercions le dieu américain de sa toute-puissance machinerie, bien que très facilement controversable… Incessamment nous montons et descendons et montons à nouveau le tout sous un soleil de plomb. Car oui, même au-dessus du cercle polaire arctique en été, quand bien même la côte enregistre de grandes amplitudes thermiques et des températures en dessous de zéro en plein mois de juin, il peut aussi faire jusqu’à 30/35 degrés Celsius en plein soleil ! Il nous faudra tout de même une dizaine de jour pour terminer la Dalton Highway longue de 600 kilomètres et 3 jours supplémentaires pour rejoindre Fairbanks.

 

Retrouvez ici le détail de notre avancée:

 

A savoir, nous nous sommes procuré des cartes de chez Alpine Publications pour avoir une meilleure échelle et plus de détails sur le dénivelé, les rivières etc. On peut facilement acheter le lot de cartes chez Beaver Sport sur Fairbanks par exemple pour quelques dollars ou bien sur ce site internet. 

 

 

La gestion des denrées

 

 

            La gestion de l’eau était l’une de nos grandes interrogations sur cette route. Mais dans la toundra, il y a de l’eau partout, dans les brooks idem et plus au sud, il y a toujours une rivière à traverser entre tous ces monts et vallons. En montagne, l’eau est surement meilleure que n’importe quel robinet de nos maisons. Quand elle ne s’écoule pas, nous assurons le coup avec nos filtres ainsi que notre casserole pour faire bouillir les eaux douteuses. On ne souhaite pas attraper la « Beaver fever », la fièvre du castor, terrible selon les dires…

Aussi, dans le grand nord, les gens que l’on croise on beaucoup d’empathie. Ici, la vie est dure pour tout le monde. Les hommes ne peuvent parier que sur l’entraide s’ils veulent vivre dans cette contrée reculée, alors ils se serrent les coudes. Nombre d’entre eux se sont arrêtés pour nous remplir les gourdes, partager des snacks. C’est aussi ça de voyager là-haut.

 

Le camping sauvage

 

           

 

Concernant le dodo, tout le monde nous a conseillé de dormir proche de la route pour plusieurs raisons.Là-haut, les ours (grizzlis, ours polaires) sont assez affamés en juin mais ne s’approchent pas trop des voies. Si vous avons un souci, peu importe la nature de celui-ci, nous serons heureux de pouvoir avertir la première voiture ou le premier camion qui passera car il n’y a aucun réseau téléphonique.

 

Enfin, la toundra et la taiga ne sont pas très roulantes pour les vélos, inutile de s’aventurer trop loin de la route il n’y aura aucun sentier tracé par les animaux ou bien par des humains.

Alors nous avons dormi en tente à distance raisonnable de la route mais suffisamment loin pour ne pas entendre trop les véhicules passer le soir et la nuit (cela arrive).

 

 

 

 

La météo

 

            Les conditions climatiques, excepté pour la côte arctique, sont relativement stables en juin. Les rapports météorologiques sont d’ailleurs très fiables à ce sujet. Néanmoins, il ne faut pas sous-estimer le froid, le chaud, la pluie que l’on rencontre évidemment ainsi que le fait qu’aucun réseau (mis à part téléphone-satellite) ne fonctionne là-haut. Partir avec le matériel pour faire fasse à toutes ces conditions est obligatoire car définitivement, si vous allez faire du vélo sur cette route, vous allez en voir de toutes les couleurs et ça va être dure !

 

 

La vidéo

 

 

 

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