Le parcours: Washington, le long du fleuve Columbia

18/03/2018

Waneta (CA) - Portland (US)  773kms

- 5637metres  +6048metres

 

 

        Nous sommes sortis des États-Unis il y a peu de temps et sans ne vraiment s’en rendre compte, nous avons été aveuglés par notre quête du sud et du soleil. Nous avons en effet traversé les trois états côtiers des « Lower 48 » que sont le Washington, l’Oregon et la Californie en gardant cet objectif mexicain comme mesure unique, rythmant chacune de nos journées. Le temps est ainsi passé très vite, nous sommes à présent en 2018.

Trois mois de temps nous aurons été nécessaires pour cheminer, à notre guise tout de même, les milliers kilomètres qui nous séparaient de Waneta (le poste frontière au nord-est de l’état de Washington) à Tijuana, cette ville frontalière emblématique du Mexique. Des milliers de kilomètres qui sont au nombre exact de trois mille si l’on trace vulgairement une ligne reprenant nos grands axes faisant grâce de nos petits détours. Alors, vous nous direz, dans une moyenne de mille kilomètres par mois durant un trimestre, qu’on s’est tourné les pouces en sirotant quelques délicieux cocktails le long de l’océan. C’est en partie vrai. Mais en partie seulement ! L’addiction de Sophie pour la Piña Colada n’a pas encore atteint son apogée et Jérémy a toujours autant d’envie pour avaler plus de kilomètres que de Brandy, ce qui est bon signe.

Nos attentes étaient grandes en visitant le pays de l’oncle Sam que l’on a renommé après une bonne lecture, le pays de « Little Wolf » (cf. ‘Mille femmes Blanches’ de Jim Fergus). Il y aura des montagnes et des volcans, des villes et des histoires, des animaux et des arbres millénaires, des rencontres avec ceux que l’on connait déjà et avec d’autres que l’on apprendra à connaitre mais surtout un hiver, toujours, à échapper. Ses griffes acérées ne sont qu’à quelques jours derrière nous. Nous sommes des fugitifs qui sentent toute la répression de la loi de la Nature les poursuivre. Chercher le soleil et la chaleur au début de l’hiver est à contre-courant et semble ici punit par de longues heures passées sous de lourdes et puissantes cordes d’eau. Nous nous sommes donc quittés dans notre dernier article après cette ascension dantesque du col Roger en Colombie-Britannique. Voici la suite tardive du récit.

 

 

 

       L’hiver qui nous guettait après le passage du col Roger n’aura malheureusement pas disparu aussi facilement qu’en prenant notre cap plein Sud, et cela malgré la magie de l’amitié qui nous aura sincèrement réchauffé le cœur à Revelstoke. Washington est bien un état du nord des Etats-Unis et nous savions à quoi nous attendre en le coupant d’une grande diagonale entre le nord-est et le sud-est pour arriver dans la ville de Portland en Oregon. C’est en toute logique qu’en gagnant quelques petits degrés dans cet état, les précipitations de neiges allaient se transformer en précipitations de pluies !

 

Traverser l’état de Washington fut donc une aventure tout aussi trépidante que de traverser la Normandie à bicyclette en plein hiver. On remarquera d’ailleurs que le centre de l’état de Washington et la région d’origine de Jérémy sont, à quelques choses près, sur la même latitude. Point positif dans ce cheminement de l’intérieur de l’état, l’asphalte est roulant. Nous avons définitivement tiré un trait sur nos plans de « Great Divide » pour parcourir les pistes des montagnes Rocheuses. Hormis les quelques chemins que nous avons emprunté à travers champs dans la région de Moses Lake, nous profitons des routes sur lesquelles peu de gens se croisent cet automne. Même les machines agricoles sont au garage. Il ne reste que nous, des champs circulaires de 4 kilomètres de diamètres par centaines et quelques oies sauvages qui trainent à l’arrière d’un peloton en route vers le sud, un peu comme nous. La saison morte semble emporter dans son sommeil tout ce qui l’entoure. Les petits villages déjà peu animés semblent désertés. Les autochtones que l’on rencontre sont néanmoins très chaleureux et on profite souvent de boire le café avec eux si ce n’est pas partager un burger, un burger dans chaque assiette bien entendu. Nous nous rappelons de l’extrême gentillesse de Michael Dodge ainsi que de celle d’Andrew Spark a Moses Lake qui entre autres nous aurons été d’une aide spontanée et généreuse quand Sophie venait de casser sa chaine entre un champ de patates et cent mille rangées d’oignons.

 

 

        C’est après Moses Lake que le décor de Washington prend forme. Nous apprenons maintenant par nous-même ce que cet état a réellement à offrir. Ce plateau intérieur que nous roulons est en réalité un immense plateau fait de basalte sur plus de quatre kilomètres de profondeurs. Nous nous trouvons en effet dans le « Columbia Wildlife Refuge » quand nous observons pour la première fois des colonnes de pierres noires sortir de terre. On s’enfonce dans des canyons, on parcourt des vallées imprévisibles sur une profonde couche de gravier avant de retrouver un autre plateau et tout doucement, à l’ouest, se dessine la chaine des Cascades. Les pics que l’on observe de notre piédestal sont de renommée internationale (comme tout aux États-Unis vous me direz). Il y a Mount Hood, Mount Rainier, Mount Adams et le célèbre Mount St Helens à vue. Tous sont des volcans perchés entre deux mille cinq cents et quatre mille mètres d’altitude. Et oui, mesdames et messieurs, nous faisons du vélo sur des coulées de laves qui ont plus de quinze millions d’années et qui ont vécu plusieurs grands « Wash Out » après les derniers grands épisodes glaciers. Le grand sauveur d’un dégât des eaux dans l’intérieur de l’état, c’est tout simplement le fleuve Columbia avec sa percée miraculeuse à la façon de Roland (brèche de) à travers la chaine des Cascades pour purger le trop d’eau. L’attraction des montagnes est bien entendu inévitable, puissante. Lentement, nous parviendrons à leurs pieds de ses montagnes mais un détour s’impose avant le passage dans le canyon Columbia.

 

 

 

      L’Alaska nous a appris énormément sur la culture Athabascan et a égayé en nous cette curiosité pour les peuples natifs américains. De notre époque en bon européens, et jusqu'à encore très récemment, nous apprenions à l’école que l’on doit la grande découverte de l’Amérique à Christophe Colomb et la richesse de ce continent aux caucasiens qui le suivirent. Les Athabascans, les peuples natifs qui vivent (encore aujourd’hui) de l’Alaska jusqu’en Californie, sont établis ici depuis plus de 9000 ans. L’Homme avait marché en effet le détroit de Béring il y a tant d’année. Il ne s’est jamais promu maitre des lieux et a développé une culture respectant au plus haut point la nature qui l’entoure, se contentant d’autres formes de richesses que celles minières. Comment alors comprendre qu’ils soient cantonnés, ces hommes Athabascans, de nos jours et depuis si peu de temps sur l’échelle de leur propre existence, en communauté amaigries, dans des réserves organisées par le gouvernement des États-Unis ? Cette question reste bien souvent sans réponse auprès de beaucoup de caucasiens américains car ils sont de ces tabous que les États-Unis cultivent et semblent vouloir enfouir, se déresponsabilisant des actes passés, et prônant un pouvoir de possession et de consommation toujours plus fort en simple réponse.  

 

      Partir à la rencontre des natifs peuplant ses réserves fut une évidence dans notre cheminement. Enthousiastes, curieux, empathiques d’une histoire bafouée dans une époque moderne complexe, nous avons alors trouvé les portes des Yakamas grandes ouvertes à Toppenish. Nous réaliserons alors cette interview avec Marlène Spencer, Elder (sénior) Yakama qui nous remémore l’essence de sa culture mais aussi l’histoire réelle de l’arrivée de l’homme blanc au milieu du XIXeme siècle dans l’Ouest américain. Elle nous met rapidement face aux évènements tristes que ses ancêtres ont dû surmonter, aux difficultés actuelles d’intégration ainsi qu’aux discriminations et autres actes qui expriment toujours beaucoup d’incompréhensions dans une communauté désormais multiculturelle.

 

 

       Cette rencontre nous touche profondément aussi dans le sens ou Marlène et les natifs Yakamas que l’on rencontre se montrent sages et prônent aujourd’hui une transmission de savoir pour que l’ignorance ne domine plus. Marlène termine l’entrevue avec cette phrase qui résonne encore dans nos oreilles :

 

 “People need to understand each other, in order to respect each other…” [-] “…you respect this culture by understanding it”

“Les gens doivent se comprendre, dans le but de se respecter…” [-] “… la culture Yakama et native est respectée lorsqu’elle est comprise” 

 

Nous repartons de la réserve Yakama en observant les chevaux en semi-liberté. Là-haut, sur les sommets des collines et des petites montagnes, ils y trouvent surement de l’herbe mais surtout un promontoire de premier ordre pour guetter l’activité de la vallée, et j’imagine, aussi pour contempler le Mount Pahto (signifiant “qui se tient haut”), créateur de la vie dans la culture Yakama.

 

       Plus que quelques tours de roue, et nous voilà déjà sur le pont qui traverse le Columbia river depuis la ville de Vancouver (Washington) pour rejoindre Portland en Oregon. Le trafic s’est intensifié depuis deux cents kilomètres déjà à travers le majestueux canyon du fleuve Columbia et pour la première fois dans notre voyage depuis l’océan arctique, nous entrons dans une grande ville américaine. Le bitume ne nous freine pas, seulement les cordes d’eau qui ne s’arrêtent plus à présent. Notre équipement nous permet néanmoins de continuer sans ne plus se soucier d’autre chose que de notre appétit. Le regard cantonné à être plaqué au sol, tout va pour le mieux, bientôt une douche chaude s’annonce !

 

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